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Alerte aux punaises de lit

Le nombre de ces nuisibles suceurs de sang explose en France : les interventions ont augmenté de 165 % depuis deux ans. En novembre, un cinéma de Thionville (Moselle) infesté a dû fermer ses portes plusieurs jours.

"Ce n'est pas une expansion, c'est une explosion." Le professeur Arezki Izri, parasitologue et entomologiste médical à l'AP-HP, ne m âche pas ses mots pour décrire la propagation spectaculaire des punaises de lit en France et dans le monde. Quasiment disparus au début des années 1990, ces parasites suceurs de sang, qui élisent domicile dans les literies et autres tissus de nos logements, opèrent un véritable retour en force. Et leurs morsures nocturnes font vivre l'enfer à un nombre croissant de Français.

"Les autorités de santé ne s'intéressent pas réellement à la question, car les punaises de lit de nos régions ne sont ni mortelles, ni même vecteurs de maladie. Pourtant, elles peuvent causer de véritables troubles psychologiques", affirme Jean-Michel Berenger, entomologiste attaché à la faculté de médecine de Marseille et fondateur d'un laboratoire de conseil sur la lutte anti-punaise. De fait, une étude publiée dans le British Medical Journal par l'université et l'Agence de santé de Montréal, en 2012, montre que les victimes étaient cinq fois plus exposées aux troubles du sommeil et à l'anxiété que les personnes non infestées. Des cas allant jusqu'à la paranoÎa ou la dépression sont également rapportés. Difficile pourtant de mesurer exactement l'ampleur du phénomène.

En cause : le tourisme de masse et la paupérisation de la population

La SC3D, syndicat regroupant 200 sociétés de désinsectisation, estime à 200 000 le nombre d'interventions en France liées à ces nuisibles en 2016... en progression de 165 % depuis deux ans ! "Et encore, ces chiffres ne prennent pas en compte les gens qui tentent de se débrouiller par eux-mêmes, ce qui est le cas d'au moins un tiers de mes patients", souligne le professeur Izri.

Si l'origine de l'invasion n'est pas totalement claire, elle semble corrélée à l'accroissement du tourisme de masse. "Les punaises ne sautent ni ne volent. Elles voyagent par le biais des humains", souligne Jean-Michel Berenger. Des études montrent que les redoutées bestioles privilégient les tissus sombres et chauds qu'elles trouvent en priorité dans les bagages et le linge sale, ainsi que dans les lieux d'hébergement et les moyens de transport.



La suite de cet article est à lire dans Science & Vie n°1204 (janvier 2018), p. 106